31 mai 2022

Georges Courteline [Lieds de Montmartre] : Panthéon-Courcelles

Ah que coucou !

Voici une piècette qui facilite l'apprentissage des arrêts pour la ligne d'omnibus qui va de Panthéon à Courcelles ;) :


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Format : pdf
Langue : Français

Bonne lecture !

Bisous,
@+
Sab

29 mai 2022

George Sand : La Reine Coax

Ah que coucou !
 
Nous avons tous en mémoire, plus ou moins enfoui dans un coin, une histoire de grenouille qu'on nous a narré pendant notre enfance, comme une grenouille qui se transforme en un magnifique prince charmant, etc. les contes populaires semblent apprécier ces styles d'images ;)... Ici il s'agit non pas d'un prince charmant qui a été transformé en grenouille mais d'une magicienne qui, selon ses dires, a été dans l'obligation de se transformer en grenouille et de transformer son époux en cygne, afin de se protéger contre des génies...
 
Marguerite vit avec sa grand-mère, madame Yolande, dans le château familial dans la campagne normande ou picarde. Marguerite, dit "Margot", n'est pas une Vénus et elle le sait : elle a une face de "grenouille" et n'est pas coquette... Cela ne l'empêche toutefois pas d'être heureuse.
Un jour arrive son cousin, de Puypercé, dont elle ne se souvenait même plus jusqu'à ce qu'on le lui rappelle leurs rencontres quand ils étaient enfants. Son cousin ne cessait de se moquer d'elle. De Puypercé est devenu depuis un bel homme, bien mis, frivole, dont les parents ont acheté la charge de colonel dans les Dragons, qui continue à se moquer de sa cousine... comme il critique tout, même ce qu'il réclame, madame Yolande, sa grande-tante, ne peut s'empêcher de le lui reprocher et l'envoie même dans sa chambre ;)...
Le lendemain matin, de Puypercé, dans de meilleure disposition, visite le domaine tout en évaluant la valeur (dont Marguerite sera l'unique héritière à la mort de sa grand' mère). Quand il rencontre le cygne Névé, il prend peur car celui-ci l'attaque et sans l'intervention de Marguerite Névé aurait bien... mais bon, pour la réputation de Puypercé on va dire comme lui, il aurait craint de tuer le cygne (que Marguerite adore) s'il s'était défendu... quand il rencontre la grenouille, il veut l'attraper pour la manger ; mais là encore, Marguerite intervient et retenant le bras de Puypercé, elle prévient la Reine Coax qu'elle doit vite s'enfuir...
Puypercé évaluant que Marguerite allait devenir très riche, se met alors à lui parler "mariage"... non pas qu'il souhaite l'épouser mais que sa grand' mère veut la voir marier prochainement... il lui parle alors de toutes les belles toilettes dont elle pourrait se parer, de l'hôtel parisien dans lequel elle pourrait vivre, du beau carrosse dans lequel elle pourrait rouler...
Quelques heures après être revenus au château, madame Yolande exige que Puypercé s'en aille car elle ne le supporte plus et, là, Marguerite apprend qu'il l'a demandée en mariage... Marguerite, flattée, va-t-elle accepter cette alliance ?

Vous le saurez en lisant le conte suivant :


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Langue : Français

Comme nous le savons tous et comme George Sand le rappelle à sa petite-fille Aurore à qui elle dédie ce conte, les contes de fées servent aux adultes à expliquer le monde et enseigner quelque chose à nos têtes blondes...
A travers ce conte George Sand met en garde sa petite-fille contre les coureurs de dot, contre ceux qui vont la côtoyer, non pas pour ses qualités de cœur, mais par simple intérêt. Elle met en garde contre tous ces flatteurs qui sont là encore, à notre époque, et qui estiment que nous sommes dupes de leur hypocrisie et mensonge ;) parce que ils n'en valent pas la peine que nous leur disions quelque chose à ce sujet - il est préférable de leur laisser croire, ça permet, à chaque fois, de les voir venir avec leurs gros sabots ;D...

Bonne lecture !

Bisous,
@+
Sab

27 mai 2022

Gustave Flaubert : Parfum à sentir ou Les Baladins

Ah que coucou !

Quoi que pouvait prétendre Gustave Flaubert concernant cette œuvre de jeunesse, moi, j'estime que l'on pourrait considérer ce court roman comme étant le 1er roman écrit par Flaubert et trouve dommage que Flaubert l'ait destiné à son entourage au lieu d'en faire profiter tous les amoureux de la littérature de son époque en le faisant publier...
Comme vous pouvez le constater en le lisant : il y a tout déjà qui fait un bon roman.
Certes, ça n'est pas encore Madame Bovary mais on note qu'il a déjà tous les atouts en mains : le style, le vocabulaire, l'observation...

Marguerite est la femme de Pedrillo dont elle a 3 enfants. Tous deux sont saltimbanques. Leur spectacle ? Pedrillo joue l'homme-orchestre pendant que femme est enfants dansent sur une corde.
Toutefois ils ont du mal à vivre de leur art car Marguerite (sûrement avec l'âge et ses enfantements) ne correspond pas aux critères de beauté nécessaires pour attirer du public.
De plus le couple n'encourage pas le public à venir et à payer : ils ne cessent de se battre et de s'engueuler...

Isambart et sa sœur Isabellada sont aussi saltimbanques... Isambart s'occupe d'animaux et sa sœur danse.

Un jour les deux carrioles roulent de concert et s'arrêtent sous le même hangar... Pedrillo propose alors à Isambart de s'associer ; Isambart accepte. Commence alors le véritable supplice psychologique de Marguerite que l'on pourrait qualifier aussi de calvaire : Isabellada étant jeune et jolie détourne Pedrillo de sa femme et de ses enfants ce qui rend Marguerite si jalouse qu'elle se met même à les haïr...

La suite ? je vous laisse la découvrir dans le roman suivant :


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Bonne lecture !

Bisous,
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Sab

25 mai 2022

Georges Courteline [Lieds de Montmartre] : Les Météores

Ah que coucou !

Aujourd'hui nous commençons un nouveau recueil regroupant dix écrits élaborés par Georges Courteline et publiés en 1912.

Dans ce premier texte l'auteur se rit des préparatifs que nous faisons, aujourd'hui encore, pour nous rendre à un rendez-vous galant...

Roté a rendez-vous avec sa maîtresse et il veut lui faire bonne impression. A cette époque, c'est la mode des chapeaux haut-de-forme, vous savez, ces grands chapeaux... mais voilà, Roté n'en a pas l'habitude et le dit-chapeau... ben... il lui arrive un accident qui fait que Roté doit se rendre de toute urgence, à nouveau, chez le chapelier pour en acheter un autre...

En tout il en achètera 5... sa maîtresse en verra-t-elle au moins 1 ???

Vous le saurez en lisant ces quelques pages :

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Bonne lecture !

Bisous,
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Sab

23 mai 2022

George Sand : Le Château de Pictordu

Ah que coucou !

Les contes servent surtout à enseigner quelque chose à nos p'tits choux d'amour. Là, George Sand profite de celui-ci pour enseigner l'art et le goût de son époque... elle explique, même à nos p'tits chatons d'aujourd'hui, qu'en matière d'art il y a aussi une mode qui fait que tel artiste est apprécié pendant quelques années, tombera dans l'oublie quelques autres années, pour être à nouveau à la mode quelques temps après (pour cela elle utilise l'exemple du peintre français Jean-Antoine Watteau)... elle fait miroiter aussi l'apprentissage du "beau" et de tout ce qui fait la beauté de l'art (hors mode). Elle explique comment on peut acquérir et se forger ses propres opinions en matière d'art. Bref, comme vous l'aurez compris c'est plus un conte sur l'art pictural et sculptural que sur la vie dans un château...

Pourtant ce château de Pictordu est très très important et tient un des rôles principaux dans cette histoire. En effet, c'est là où la jeune fillette, âgée alors de 8 ans, du nom de Diane Flochardet, fille unique du célèbre et riche peintre de portraits, fait la connaissance avec l'art antique (dénigré à l'époque où l'action se situe) et qu'elle commence à comprendre ce qu'est l'art dans toute sa splendeur. Et c'est une bonne fée qui le lui fait découvrir en même temps que les pièces secrètes que dissimule ce château en ruine...


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Ce conte se situe sur plusieurs années, au début de cette histoire, Diane n'a que 8 ans, elle est si malade que le couvent dans lequel elle était pensionnaire la renvoie chez elle pour y être soignée. C'est son père, veuf de sa première femme (la mère de l'enfant) et remarié à Laure (que Molière qualifierait de "Précieuses"), qui vient la chercher.
Sur le chemin entre le couvent et la demeure paternelle, survint un accident qui les oblige à passer la nuit dans les ruines du château de Pictordu. Alors que tout le monde dort, Diane se réveille et découvre à ses côtés la statue de la terrasse. Celle-ci lui propose alors de lui faire visiter sa demeure, de lui montrer des choses que seules les personnes à qui elle veut les montrer peuvent les voir. Diane, malgré sa fièvre, accepte et...

... et la voilà partie dans le monde merveilleux ;) qui lui fait découvrir et apprécier l'art...

Pour la suite ? je vous laisse la découvrir ;)...

Bonne lecture !
 
Bisous,
@+
Sab

21 mai 2022

Voltaire : Le Crocheteur borgne

Ah que coucou !

Voici un texte peu connu de Voltaire :


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dans lequel il narre une histoire que l'on pourrait classer aujourd'hui être de la littérature fantastique, tout en gardant une approche philosophique sur : quelle confiance devons-nous accorder à l'apparence ? les choses sont-elles réellement telles que nous croyons les voir ? quelle confiance pouvons accorder à ce que nos yeux voient ? est-ce le monde tel qu'il est ou est-ce le monde tel que nous l'imaginons ? etc.

Bonne lecture !

Bisous,
@+
Sab

19 mai 2022

Pierre Corneille : Mélite

Ah que coucou !

Ceci est la première pièce de théâtre que Pierre Corneille a écrit... mais voilà, comme il s'agit de la première, personne - sauf Corneille - ne peut savoir quand il l'a écrite... L'a-t-il écrite en 1624 comme l'affirme son neveu Fontenelle ou en 1629, année à laquelle où Corneille a remis sa pièce à l'auteur Mondory dont la troupe était de passage à Rouen où Corneille exerce une charge d'avocat du Roi au siège des Eaux et Forêts et à l'Amirauté de France. En tout cas il paraîtrait que ce soit Catherine Hue (qu'il rencontra en 1622) qui la lui inspira... En tout, à ce qu'on dit, elle fût un succès quand la troupe de Mondory la présenta sur la scène parisienne du Jeu de Paume Berthault...
Toutefois, de ce succès, Corneille, quelques années plus tard, va s'appliquer à le minimiser, à expliquer que ça n'aurait jamais dû être un succès... Pourquoi ? parce qu'il ignorait les règles qui font qu'une pièce est une bonne pièce ;)... de quoi nous faire bien rire, nous, Français du 21e siècle, n'est-ce pas ?

Aujourd'hui vous allez donc pouvoir connaître les histoires de Mélite, de son amant jaloux Eraste, de son nouvel amant Tircis, de sa future belle-sœur Cloris, de l'ex de cette belle-sœur Philandre :


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Bonne lecture !

Bisous,
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Sab

17 mai 2022

Voltaire : Histoire des Voyages de Scarmentado écrite par lui-même

Ah que coucou !

Scarmentado, fils d'un ex-gouverneur de l'île de Candie, décide de voyager afin de parfaire son éducation... il commence son voyage par la France (où il estime que les Français sont... comment dire ;) ??... "turbulents" ;) ?), pour aller ensuite au Royaume-Uni où les natifs sont tout aussi turbulents, il espère trouver un peu le calme au Pays-Bas où il découvre que... non... cela est impossible. Il quitte alors nos cieux pour se rendre en Turquie où il apprend qu'il ne faut accepter ni d'invitation des Chrétiens grecs ni des Chrétiens latins et qu'il ne faut pas répéter des mots dont on ne comprend pas le sens... il décide alors de "fuir" en Perse où il comprend qu'il ne faut parler ni des moutons noirs ni des moutons blancs... on lui promet une Chine plus sage où il fait bon y vivre et y découvre les complots jésuites contre les Dominicains et les complots dominicains contre les Jésuites et se retrouve même arrêté par la garde chinoise et menée auprès de Sa Majesté, accusé d'être l'espion du Pape Innocent X... De l'Inde il s'enfuit en Afrique où il découvre, pendant qu'il est esclave que, décidément, le meilleur endroit où il fait bon vivre est chez lui ;)... et, suite à son mariage, il se retrouve cocu et se félicite de... ;)

Plus de détails ? vous les trouverez dans le court roman suivant :


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Eh... mais... ça ne semble pas si aisé que cela de voyager, au temps de Louis XIV ;D... N'oubliez pas de rire de toutes ces mésaventures (qu'il accumule mdrr !)

Bonne lecture !

Bisous,
@+
Sab

Charles Monselet : Un Duel à mort (Les Annales : Pages Oubliées)

Ah que coucou !
 
L'auteur ici nous narre un duel peu banal ; en effet, les belligérants ne se battent pas avec des armes, mais avec leur coups de fourchettes... et parce qu'il ne s'agit que d'une "page" ;)... vous trouverez cette courte histoire au-dessous de ma signature.
 
Bisous,
@+
Sab
 

 
 



1.


On arriva sur le terrain.

C’était une salle à manger, lambrissé de chêne et tendue de cuir, brillamment éclairée, haute, gaie et superbe.

La table était servie avec une exagération d’abondance ; mais on n’y voyait que deux couverts : les couverts des deux adversaires.

Des motifs de convenance m’obligent à ne désigner ces deux adversaires que sous les noms transparents d’Ernest et du compte Falbaire.

Je vous les donne, d’ailleurs, pour deux gentilshommes accomplis, tous les deux dans la force de l’âge, braves, élégants, spirituels, – avec cette pointe d’originalité britannique qui assaisonne si bien le caractère français.

Pourtant, la veille, au cercle, un de ces deux hommes (je ne dirai pas lequel) avait gravement offensé l’autre, – si gravement qu’un duel avait été jugé indispensable.

Egalement forts à l’épée et au pistolet, ils dédaignèrent d’employer les armes ordinaires.

Gourmands l’un et l’autre, – dans l’acception la plus héroïque et la plus recherchée du mot, Ernest et le comte Falbaire convinrent de se battre « au dîner ».

Pour être inusité, ce duel n’en devait pas moins être sérieux et redoutable. Les conditions en furent scrupuleusement réglées par les témoins.

On mangerait à outrance, l’un devant l’autre, sans interruption, et jusqu’à ce qu’un des combattants fût hors de combat.

Au premier aspect, cela peut faire sourire ; – au second, cela devient horrible.





2.


« Allez, messieurs ! » dirent les témoins.

A ce signal, les deux adversaires s’assirent, après avoir échangé un salut.

Les témoins avaient pris place à une table à côté, d’où ils pouvaient surveiller toutes les péripéties du combat.

Il était six heures du soir.

A minuit, le dîner – qui se composait de trois services exorbitants et exquis – était terminé sans qu’il y eût un avantage marqué d’aucune part.

Ernest souriait.

Le comte Falbaire avait dîné ; voilà tout.

Les témoins firent un signe au maître d’hôtel.

« Rechargez ! » dirent-ils.

Immédiatement un deuxième dîner fut servi, absolument pareil au premier. Mêmes grosses pièces, mêmes grands vins. Cette fois, l’attitude sévère des partenaires se détendit un peu. La parole ne leur avait pas été interdite ; ils n’en avaient usé d’abord que discrètement ; cette seconde épreuve leur délia la langue. A quelques paroles de simple politesse succédèrent de courts propos en manière d’appréciation sur les mets qui leur étaient soumis.

« Excellent, ce rôti de grives ! murmura Ernest.

– Je ne partage pas complètement votre goût, répliqua le comte Falbaire ; le genièvre dans les grives me paraît une hérésie.

– Cependant, tous les classiques de la table…

– J’ai pour moi Toussenel. »

Ernest s’inclina.

Quelques instants après, ce fut au tour du comte Falbaire à formuler le vœu suivant :

« Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, monsieur Ernest, nous laisserons le vin de l’Ermitage pour demander du château Montrose.

– A votre aise, monsieur le comte. »

Il semblait que le premier dîner n’eût été que l’absinthe de celui-ci.

Les témoins commencèrent à se regarder d’un air stupéfait.

Inutile de dire que leur rôle, d’actif qu’il était au début, était devenu purement contemplatif.





3.


« Soupons, dit le comte Falbaire, lorsque la dernière goutte de café eut été savourée.

– Soupons ! répéta Ernest. »

Le cas était prévu. Le consommé, les viandes froides, les écrevisses, les salades à la Russe se succédèrent mêlées au vin du Rhin, au vin de Porto, au vin de Champagne.

Le souper fut animé, bruyant même. Cela devait être. Le duel entrait dans sa période décisive. Chacun des combattants serrait son jeu, tout en surveillant de l’œil son vis-à-vis.

Ernest mangeait plus brillamment, le comte Falbaire plus correctement. On reconnaissait, du reste, en eux une méthode parfaite, la tradition des maîtres – au service de muscles d’acier.

Chacun semblait certain du triomphe ; aussi avait-il maintenant un défi dans leurs paroles. La raillerie perlait au bord des verres ; les épigrammes naissaient aux pointes des fourchettes.

Cependant, les joues d’Ernest se coloraient insensiblement.

Le comte Falbaire s’en aperçut.

« Désirez-vous qu’on ouvre cette fenêtre, monsieur Ernest ? Vous paraissez avoir bien chaud... »

Ernest lui lança un regard terrible.

Le souper continua.

Deux témoins avaient cédé au sommeil ; les deux autres veillaient. Il avait été convenu qu’ils se relèveraient d’heure en heure.

A un certain moment, Ernest voulut chanter.

Les témoins de quart réprimèrent cette velléité de mauvais goût, qui avait été soigneusement écartée du programme, par ce motif que les chants facilitent le travail de la digestion.

Cette faute constituait un désavantage marqué pour Ernest ; – cela équivalait à un premier sang.

Il était visible, d’ailleurs, qu’Ernest luttait contre les premières étreintes de l’ivresse. Ses regards cherchaient un point d’appui, un léger tremblement agitait ses mains.

« Vous vous arrêtez », dit le comte Falbaire.

Ernest ricana, et, pour toute réponse,il vida trois coupes de Champagne.

Il fut imité avec tranquillité par le comte.

Tout à coup, un jet de pâleur se répandit sur le visage d’Ernest – qui mit un de ses coudes sur la nappe et devînt rêveur.

Après avoir attendu pendant quelques minutes la fin de cette rêverie, le comte Falbaire lui dit froidement :

« Faites-vous des excuses ?

– Déjeunons ! cria Ernest. »





4.


Les témoins bondirent à cette exclamation inattendue. Ils se concertèrent un instant, – et finirent par se rendre au désir de leurs clients.

Le jour était arrivé, le jour et le soleil. Une belle matinée pour déjeuner.

Ernest semblait avoir retrouvé de nouvelles forces. Il fondit avec impétuosité sur les huîtres, il se rua sur les chateaubriands, il se colleta le sauterne.

Ce n’était plus de l’émulation, c’était du transport, du délire.

Le comte Falbaire le suivait pas à pas, sans paraître autrement s’inquiéter de cette gymnastique. Puis, vint un moment ou le beau feu d’Ernest s’apaisa ou plutôt se transforma. La rage fit place à la mécanique. Il mangeait sans savoir, inconsciemment, fatalement – avec un bruit de mâchoire régulier, monotone, insupportable.

Cela dura ainsi jusqu’à midi.

A midi, Ernest essaya de se lever pour porter un toast aux divinités infernales.

Ce mouvement devait lui être funeste.

Il glissa sur les talons et tomba tout de son long sous la table.

On attendit quelques secondes. Rien. Le parquet ne rendit pas son convive.

Alors, d’un commun accord, les témoins déclarèrent l’honneur satisfait.

Les deux adversaires avaient lutté pendant dix-huit heures.

Et le comte Falbaire mangeait toujours.

15 mai 2022

Honoré de Balzac : D'un Pantalon de poil de chèvre et de l'Etoile de Sirius

Ah que coucou !

Balzac aurait pu titrer cette nouvelle aussi par : "Quand la poisse s'en mêle" oui, car ici Balzac nous narre une soirée et son lendemain horrible... et cela, pourquoi ? Tout simplement parce qu'en ayant nettoyé son pantalon de poil de chèvre, Balzac l'a déchiré ! il n'a pu alors se rendre, comme il l'avait promis à celle qu'il aime, au bal, et ensuite, le lendemain, au réveil, alors qu'il se réjouissait d'avance de pouvoir retrouver sa belle-aimée au jardin public, il se retrouve avec une fluxion [n.f. - Tuméfaction due à un afflux de liquide interstitiel ou de sang, provoquée par une infection ou un traumatisme. (Source : Dictionnaire médical de l'Académie de médecine)] à un œil... Quelle poisse ! n'est-il pas ? Mais ce n'est pas tout, malgré son problème à l'œil qui l'empêche de se présenter ainsi à sa belle, il va quand-même au parc pour la voir, de loin... et là, que voit-il ? Lisez cette nouvelle et vous saurez comment son calvaire se poursuit...


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Bonne lecture !

Bisous,
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Sab