Vous
saurez
Je
saurai malgré vous, enfant tendre et cruelle !
Montrer
le but divin à ce front révolté
Et
rendre à l’Eternel une grâce éternelle
Que
blesse au cœur le mal des faciles bontés.
C’est
en jetant la faulx dans les moissons mûries,
En
égorgeant l’agneau bêlant dans les prés verts,
En
écrasant la pomme et la grappe rougie
Que
l’Homme peut aller soumettant l’Univers.
Puisqu’il
vous faut, ma sœur ! connaître la souffrance,
Et
prendre durement le dédain de ses pleurs,
Vous
le saurez rugir sous les amours en fleurs ;
Car
il n’est plus de cri qu’çù n’est plus d’espérance.
Vous
saurez que la grâce est un dépôt sacré,
Qui
destine aux rigueurs destinant à la gloire,
Et
qu’on la doit mener aux suprêmes victoires
Sur
des monts sanglotants de doux cœurs massacrés ;
Vous
saurez que le sang est la sainte rosée
Dont,
aux graves matins des grands jours de l’Esprit,
Pour
l’accomplissement des hautes destinées,
Les
pouvoirs sont lavés et les devoirs nourris…
– S’il
vous fallait, enfant, des preuves moins hautaines,
Sous
plus de pleurs montrés, moins de pure clarté
Comme
à qui ne saurait les orages d’été
Qu’aux
larmes ruisselant sur les épis des plaines,
Je
pourrais entr’ouvrir, sous vos yeux adorés,
Ce
gouffre de douleur et cette mer d’orage
Qui
n’ignora le soc cruel d’aucune rage :
Mon
cœur par le destin chaque jour labouré !
Vous
y verriez marqués tous les doutes du monde,
Et,
près des dents du Mal, les traces de vos mains ;
Et
vous croiriez peut-être, en refermant ce sein,
Que
de vos doigts légers les marques sont profondes…
– Mais
ce jour est trop doux pour contempler le Mal.
Arrêtons-nous,
ma sœur, aux fleurs de votre bouche ;
– Et
ne découvre l’avenir les cris farouches
En
moi scellés comme un coffre de métal.
*
***
Saint-Cloud
Et
les hauts fûts de marbre, et les voûtes sculptées,
La
Grâce et la Beauté sous le lierre abritées,
Les
bassins et les fleurs et la source qui sourd
Et
l’eau fraîche qui chante et pleure tour à tour.
Ah !
souviens-t’en avec les colombes farouches
Et
la brise d’Eté qui maria, ce jour,
L’haleine
des jasmins à celle de sa bouche ;
Et,
suspendu, le temps ému de tant d’amour…
Votre
main sur ma lèvre arrêtait mes prières ;
Vos
yeux d’or et de nuit arrêtaient mes soupirs ;
Sous
vos pas tressaillaient les terrasses entières ;
Et
les bois de Saint-Cloud avaient de longs soupirs.
Et
les bois de Saint-Cloud avaient la voix immense
Des
nobles nations qui s’ouvrent aux bontés.
Et
vous aviez le front d’une Reine de France
Par
la Noblesse élue – et puis par la Beauté.
Et
nous songions la Malmaison de feuilles ceinte,
Marly
parmi les fleurs, Versailles aux jets d’eau :
Tous
les sites revus avec des yeux nouveaux,
Et
nous songions aussi que les grandeurs sont saintes.
Souvenez-vous !
et que nous étions plus purs, chère,
Qu’aux
jours élyséens de nos premiers baisers,
Et
que nos cœurs unis épandaient leur bonté
Comme
une pluie au front des êtres de la Terre.
– Et
le soleil, mourant sur la crête des pins,
Nous
laissa délirants dans la nuit soupirante,
Jurant
avec des pleurs que la vie indulgente
Distillerait
pour nous des miels et des parfums...