15 mai 2013

Europe médiévale : Les femmes et l’amour courtois


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Ah que coucou !
 
Comme nous le savons tous, les mœurs du Moyen-Age n’étaient pas aussi strictes que nous l’enseignent nos manuels d’histoire, il suffit pour cela de regarder certains détails de la Tapisserie de Bayeux (pour accéder à toute la tapisserie détaillée, cliquez ici). C’est pour cela que nous allons donc aujourd’hui étudier rapidement le rôle des femmes dans cette société, prétendue strictement masculine ;) mais dans laquelle les femmes avaient plus de droit que dans cette France phallocrate de Napoléon 1er qui a laissé de nombreuses traces dans notre législation régissant la France aujourd’hui (même si la loi interdisant aux femmes de porter des pantalons a été effacée il y a quelques mois). Pour se faire, je vais d’abord vous recopier ci-dessous un passage d’un ouvrage issu des mes cours de littérature médiévale… ce passage est écrit par Henri Mitterrand, Docteur-ès-lettres, qui a fourni un assez bon résumé issu surtout des écrits de cette époque médiévale :
 
La société médiévale est une société masculine : la femme, minorisée, considérée avec méfiance par l’Eglise qui ne laisse jamais oublier que c’est par la faute d’Eve que le Paradis a été perdu, utilisée comme une monnaie d’échange quand elle a le douteux privilège d’être riche et noble, comme un instrument de travail quand elle appartient aux tiers ordre des laboratoires, semble à priori n’y jouer qu’un rôle secondaire. En fait, la figure de la femme est très largement présente, sinon dans la réalité du Moyen-Age, du moins dans sa littérature, où elle est fantasmée sous deux registres différents.
 
D’une part, elle peut être la femme noble, dotée de toutes les qualités, devant laquelle le chevalier s’abîme en adoration, comme il le fait à partir du 13e siècle devant la Vierge Marie sans établir de distinction entre les deux ; c’est la « domma » des troubadours, dont le moindre désir a force de loi, et qui fait régner son arbitraire sur sa cour soumise. Elle peut être aussi la femme « fatale » au sens étymologique du terme (fata = fée), celle qui épuise et conduit l’homme à la mort par ses exigences (en particulier sexuelles) impossible à satisfaire ; elle ne mérite pas alors le respect, même si elle suscite une fascination ambiguë.
 
A la dame honorée s’opposent la « pastoure » qu’un chevalier viole sans lui demander son avis puisqu’elle n’est qu’une « vilaine » ou la femme des fabliaux, toujours en quête d’un stratagème pour mieux tromper son mari. La femme, ou plutôt l’image qu’on s’en fait, est redoutable ; en relation avec les forces incontrôlables de la nature, elle peut donner la richesse et le bonheur, comme Mélusine, mais elle est toujours un peu fée, un peu magicienne, et, nettement plus tard, un peu sorcière, comme Morgane.
 
Oui, une chance que quelques mœurs ont évolué et changé en bien, quoique… quand on sait ce qu’il se passe dans certaines banlieues et dans certaines fêtes, on pourrait se demander si cette évolution s’est réellement exécutée chez tout le monde...
 
Maintenant nous allons aborder ce qu’on appelle l’amour courtois ou le fin’ amor… pour être certaine de ne rien oublier, je recopie ci-dessous ce qui ce trouve dans le même ouvrage élaboré par Henri Mitterrand.
 
Le concept de « fin’ amor » a trouvé parfaitement à s’exprimer dans les différentes forme romanesques médiévales. Mais il est avant tout issu d’une poésie lyrique, et plus précisément de celle des troubadours de langue d’oc. Certaines formes de poésie « populaire », plus anciennes, n’en ont pas moins continué longtemps leur carrière, au besoin en s’adaptant aux thèmes nouveaux, tout comme les « trouvères » du domaine d’oïl s’inspiraient de leurs confrères pour acclimater au nord de la Loire la « courtoisie ». Le drame de cette forme d’expression, quoiqu’il ne soit sans doute pas ressenti comme tel par ceux qui la pratiquent, est son formalisme, qui fait disparaître le sentiment personnel et le vécu pathétique sous la virtuosité des différents types de poèmes.
 
Paradoxalement, les genres traditionnellement éloignés du motif amoureux (comme les « tensons » occitanes ou les « débats » de langue d’oïl) laissent une part plus considérable à l’originalité d’un auteur, cependant que certains poètes commencent à s’interroger sur leur propre pratique de l’écriture, et à la mettre en scène en même temps que leur personne. Mais la « courtoisie », comme son nom l’indique, est une poésie de cour, ce qui a deux effets : d’abord la création du personnage hybride qu’est le « Prince-Poète », qui abandonne un rôle passif de mécène pour produire lui-même de la poésie, et est évidemment bien placé, du fait de sa classe sociale, pour transcrire avec raffinement les sentiments et les états d’âme du milieu artificiel que devient le 14e siècle et surtout le 15e, la « cour » fidèle au modèle chevaleresque. Ensuite, au moment où l’artifice que nous venons de mentionner commence à être éprouvé douloureusement par ceux qui font la poésie, l’apparition d’un ton nouveau, emprunt de mélancolie ou de désabusement, qui prend acte de la faillite d’un idéal et essaye de lui substituer un autre, mieux adapté à la réalité de l’époque.
 
Pour illustrer ceci je vous mets maintenant un passage des Chansons de toile, traduit dans le français d’aujourd’hui par M. Zinck, Collections Essais, 1978.
 




 

Belle Yolande, dans une chambre tranquille
déplie des étoffes sur ses genoux.
Elle coud un fil d’or, l’autre de soie
Sa mauvaise mère lui fait des reproches.
°Je vous en fais reproche, belle Yolande.
 
Belle Yolande, je vous fais des reproches :
vous êtes ma fille, je dois le faire.
- Ma mère, à quel sujet ?
- Je vais vous le dire, par ma foi.
°Je vous en fais reproche, belle Yolande.

- Mère, que me reprochez-vous ?
Est-ce de coudre ou de couper,
ou de filer, ou de broder,
ou est-ce de trop dormir ?
°- Je vous en fais reproche, belle Yolande.
 
Ni de coudre ni de couper,
ni de filer, ni de broder,
ni de trop dormir ;
mais vous parlez trop au chevalier.
°Je vous en fais reproche, belle Yolande.
 
Vous parlez trop au comte Mahi,
cela déplaît à votre mari.
Il en est très chagriné, je vous l’affirme.
Ne le faites plus, je vous en prie.
°- Je vous en faire reproche, belle Yolande.
 
- Si mon mari l’avait juré,
lui et toute sa parenté,
même si cela lui déplaît,
je ne renoncerai pas à l’aimer.
°Fais à ton gré, belle Yolande.

 
 
Auteur :
inconnu
 
Forme la plus ancienne de « fin’ amor »,
appartenant au domaine du Nord
 
Bisous,
@+
Sab

Posté par Sab1703 à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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